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Du livre de Jean-Luc Duval "Fin des paysans - Faim du Monde" |
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(Jean-Luc Duval est un éleveur français - de Normandie - En juin 2000, il a été élu président des Jeunes Agriculteurs. Il en est donc le porte-parole. C'est à ce titre qu'il nous transmet leurs propositions, comme appel au dialogue. page 172- Introduction : "Le temps est venu de détailler ce que sont nos propositions. Nous avons mis un point d'honneur à ne pas nous contenter de dénoncer. Ces propositions valent ce qu'elles valent : ce ne sont pas des leçons, ce ne sont pas des certitudes. Ce sont des appels au dialogue. Nous partons de quelques principes de bon sens : il est souhaitable de songer à nourrir tous les habitants de la planète ; nous sommes favorables à la reconnaissance du droit des peuples à se nourrir eux-mêmes, c'est à dire au principe de la souveraineté alimentaire ; nous constatons, et c'est démontrable, et c'est démontrable, que les prix des produits agricoles baissent, en tendance, depuis des décennies ; nous constatons également que cette baisse empêche un nombre toujours plus important de paysans de vivre de leur travail, coûte cher en aides publiques dans les pays qui ont les moyens de la payer, où elle décourage les jeunes de s'installer dans ce métier. Notre première proposition, c'est de protéger l'agriculture des pays pauvres. Pour prendre le problème à la source, puisque les pauvres des campagnes deviennent les pauvres des villes, il faut permettre aux paysans d'augmenter leurs revenus. Le premier effet de ce relèvement des revenus paysans sera de freiner l'exode rural. Il doit être suffisant pour permettre épargne et investissement, afin d'augmenter la productivité agricole des paysanneries les plus pauvres. C'est, de toute évidence, par elles qu'il faut commencer. Pour multiplier la production alimentaire par plus de trois d'ici cinquante ans, il est bien préférable de se concentrer sur une hausse de la productivité du milliard d'actifs les plus pauvres que sur celle des vingt-huit millions les mieux équipés. Pour relever le prix des produits agricoles de ces paysans des pays pauvres, il faut naturellement les protéger : taxer les importations de produits concurrents et cesser d'en subventionner l'importation, là où c'est le cas. Un tel relèvement des prix devrait, en outre, être suffisamment progressif pour que les consommateurs puissent s'acheter à manger. Mais c'est un cercle vertueux qu'il s'agit de mettre en place : la hausse des prix des produits agricoles entraînerait nécessairement un relèvement des salaires réels, qui stagnent voire baissent à l'heure actuelle. Notre deuxième proposition, c'est d'organiser cette protection des agricultures par zones de productivités agricoles comparables : des ensembles régionaux comme celui que la Communauté économique européenne a défini, il y a un peu moins de cinquante ans. A l'intérieur d'ensembles régionaux, dans le monde entier, le prix des produits agricoles serait soutenu de manière à rémunérer le travail des paysans. Aux frontières de ces zones, des tarifs douaniers protégeraient ces prix, nécessairement très disparates d'un ensemble régional à un autre. …/…comme celui de l'Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA). L'idée est de rendre possible le développement de ces zones sur les bases des gains de productivité du secteur agricole. Nous n'avons rien inventé : c'est peu ou prou, ce qui s'est passé en Europe. A partir d'une politique agricole commune, il a été constitué un Parlement, une monnaie unique, un socle sur lequel poursuivre le jeu de construction politique. Pourquoi cette expérience unique, celle de l'Union européenne, ne serait-elle pas possible ailleurs ? …/… (3° proposition : p 177 et 178) Si nous en étions restés là, on aurait légitimement pu nous reprocher de n'être pas sérieux, et nous n'aurions pas été crédibles du tout. En effet, protéger le prix des produits agricoles, c'est ce qui a été fait en Europe durant quelques décennies, et tout le monde sait où cela nous a menés. Pas seulement à l'autosuffisance alimentaire, qui a été atteinte probablement plus vite que n'ont osé l'espérer les promoteurs de la PAC à ses débuts, mais aussi à la constitution de stocks d'invendus. A des surplus de production dont la commercialisation ne préoccupait pas les producteurs, qui avaient la garantie d'être rémunérés. Notre proposition de marchés régionaux protégés aux frontières ne tient qu'à une condition : maîtriser l'offre de produits, en volume, de manière à ne mettre sur le marché que ce qui trouvera effectivement acheteur. C'est là notre troisième proposition : la mise en place de mécanismes de régulation de l'offre, pour toutes les productions agricoles, par zone protégée, de manière à ajuster l'offre de produits à la demande solvable. … p 179 Ajuster l'offre à la demande solvable n'est jamais qu'un principe de bon sens. N'importe quel entrepreneur sait cela. Si nous insistons sur l'application, c'est pour souligner l'importance de l'adjectif "solvable". …/… p 182-183 Il n'y a pas d'autre moyen, pour maintenir les prix, que de limiter l'offre en fonction de la demande. Et c'est ce qu'il faut faire partout dans le monde, à l'intérieur de zones où les productivités agricoles sont comparables. On l'a vu en Europe : il ne faut qu'une vingtaine d'années pour que les gains de productivité agricoles soient considérables, à partir du moment où les prix sont soutenus. Un marché ouest-africain soutenant les prix des denrées vivrières cultivées sur cette zone permettrait vite aux paysans d'épargner, puis d'investir. …/… Petit à petit les gains de productivité des paysans d'Afrique auraient pour effet de limiter l'exode rural : le nombre d'affamés diminuerait plus vite, puisque les paysans eux-mêmes pourraient se nourrir. Puis ils pourraient nourrir plus que leur famille … les paysans achèteraient des biens à d'autres métiers. Le développement des secteurs de l'industrie et des services pourrait avoir lieu. Je ne rêve pas : je ne fais, en somme, que décrire ce qui s'est passé en Europe. A un moment de son histoire, le Vieux Continent a pris un droit : celui de se protéger pour assurer son autosuffisance alimentaire. Je ne vois pas au nom de quoi d'autres peuples du monde ne pourraient pas prendre ce droit. Je ne vois pas au nom de quoi nous leur refuserions les formules qui se sont avérées efficaces et probantes pour nous. (Fin de citation) Commentaire de Maurice Oudet : Pour porter tous ses fruits, ces mesures doivent être prolonger par le droit de protéger ses industries (artisanat compris) de transformation de produits agricoles.
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