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Le marché donne raison aux producteurs de riz

Ces jours-ci, j’ai eu l’occasion de circuler à travers le pays. Je me suis arrêté dans plusieurs marchés pour voir à quel prix se vendait le riz paddy en provenance des bas-fonds. J’ai regardé aussi le prix du riz blanc importé. Ce que j’ai vu donne raison aux producteurs.

Au nord comme au sud du pays, à une ou deux exceptions près, le plat de 2 kg de riz paddy se vendait entre 300 et 350 F, soit le kilo entre 150 F et 175 F. A cela, il faut ajouter que lorsque la période des fêtes sera passée, le prix du riz paddy risque bien d’augmenter encore !

Ce n’est pas tout. Les étuveuses du Sourou s’organisent. D’ici quelques jours elles seront prêtes à offrir des sacs de 25 kg de riz étuvé à 8 200 F le sac. Ce qui devrait leur permettre de valoriser le riz paddy à plus de 200 F le kilo, tout en permettant aux commerçants de Koudougou d’offrir ce riz aux consommateurs à 360 F le kilo. Donc moins cher que le riz blanc importé, qui partout se vend à 400 F le kilo, ou davantage ! Une dizaine de commerçants de Koudougou a été contactée. Ils sont tous impatients de pouvoir se procurer ce riz ; surtout celui qui a eu l’occasion d’en apprécier la qualité.
Dans ces conditions, il est difficile de comprendre comment on peut demander aux producteurs de céder leur riz paddy à 115 F le kilo. Difficile de comprendre comment on peut écrire dans la presse burkinabè que cette décision des producteurs (celle de vendre leur riz paddy à 175 F) ne tient pas.

Quel contraste avec la situation de 2004. Cette année là les commerçants proposaient aux producteurs 85 F pour un kilo de riz paddy. Ce qui, bien sûr, n’intéressait pas les producteurs. Les commerçants sont restés sur leur position malgré les demandes répétées des producteurs. Personne n’est venu critiquer les commerçants. Personne n’a écrit que « la filière riz du Burkina était prise en otage ». Et pourtant, à cette époque, beaucoup de producteurs ont abandonné les rizières. Beaucoup d’autres ont abandonné la culture du riz pour se tourner vers le maraichage. Le gouvernement n’est pas venu au secours des producteurs. Il ne les a pas aidés à commercialiser leur riz. La Société nationale de gestion du stock de sécurité (SONAGESS) n’a pas proposé aux producteurs de leur acheter leur riz à 115 F le kilo de paddy. Elle préférait alors reconstituer son stock avec du vieux riz américain offert par les Japonais !

C’est maintenant, avec quatre ans de retard, que le gouvernement vole au secours des producteurs en proposant un prix plancher qui ne les intéresse plus : 115 F le kilo de paddy. C’est maintenant que la Sonagess s’intéresse au riz des producteurs burkinabè. Mais le prix d’achat proposé (toujours 115 F le kilo de paddy) ne les intéresse pas.
Il y a quelques jours, un fonctionnaire proche du gouvernement disait : « Vous les paysans, on n’a pas peur de vous ! Ce n’est pas vous qui avez cassé durant les émeutes de la vie chère ! » Il est temps que le gouvernement comprenne qu’on ne peut pas développer un pays comme le Burkina, dont 80 % de la population est composée de paysans, sans développer l’agriculture et l’élevage, y compris la filière riz.

Koudougou, le 22 décembre 2008
Maurice Oudet
Président du SEDELAN

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