Fenop-Info N ° 6

Editorial

La culture de tomate n'est pas une nouvelle activité des paysans Burkinabé : du Houet à la Kompienga en passant par le Sourou et le Bam, cette activité est pratiquée depuis bien longtemps.

Le marché national est régulièrement approvisionné et l'excédent exporté vers le Togo et la Côte d'Ivoire voire le Ghana. C'est donc une source de revenus non négligeable.

Mais depuis 1997, des attaques parasitaires jusque là inconnues dans la maraîcher-culture ont été signalées. Cette situation est bien connue des autorités agricoles de notre pays.

Cependant, l'espoir était permis depuis la création de la nouvelle société SOPROFA qui s'est donnée pour objectif la promotion des filières agricoles. En témoigne l'intérêt que cette société a porté sur la tomate au cours de cette campagne 2002.

On pensait légitimement qu'une solution avait été trouvée à ce problème purement technique. Mais la réalité de l'attaque parasitaire sur la tomate montre tout le contraire de ce que nous pensions naïvement.

Nous répétons : une politique de professionnalisation agricole sans appui à la production et la couverture des risque agricoles fera plus de mal que du bien.

Paul Ouédraogo


Culture de contre saison :
La tomate décimée par un ravageur

Au mois de Mai, suite à des informations récurrentes sur la situation catastrophique que vivraient les producteurs de tomate, une mission de la fédération nationale des organisations paysannes s'est rendue sur les lieux pour tenter de comprendre la situation. En effet, la tomate a subi dans l'Ouest du Burkina une attaque parasitaire jamais égalée.

 

"Comment on va faire ?" Cette question traduit tout le désarroi de Firma TRAORE, agricultrice à Orodara, dans le Kénédougou et présidente de l’Association FASO KADI. Sur ses 0,25 ha de tomates desséchées et qui annoncent l’échec totale de sa récolte, quatre sacs d’engrais, une boîte de Décis (produit chimique contre les ravageurs) et un autre de Confidor n’ont rien pu y faire. En désespoir de cause, elle s’acharne à entretenir des poussées d’oseille pour limiter les dégâts.

Sur le périmètre de Abdoulaye TARBAGDO, dans la périphérie de Orodara, le spectacle est encore plus désolant. Sur un hectare, la tomate n’a rien donné. Là aussi, la physionomie est la même. Des feuilles qui se retournent sur elles-mêmes, présentant des tâches d’infestation (piqûres, mousses et champignons). Quand le plant réussi à donner un fruit, celui-ci pourrit rapidement par le bas présentant une tâche noire.

Orodara n’étant pas une zone de maraîchage par excellence (c’est plutôt le verger du Burkina), on pourrait croire à un mal isolé. Cependant, à Banzon, à une soixantaine de kilomètres de Bobo-Dioulasso, le spectacle est le même.

Dans le champ de Tasséré OUEDRAOGO, le maïs surplombe les pieds des tomates, considérés comme perdus. Toute la plaine est atteinte par la « maladie de la tomate » et malgré le traitement conseillé aux producteurs, il n’y aura pas de récoltes cette année pour beaucoup de producteurs : Pourtant, ils sont nombreux à avoir emblavé de nouvelles superficies pour satisfaire à une demande croissante. Surtout, avec le redémarrage de l’usine SAVANA. La production cette année était orientée vers le marché. Avec des promesses d’achat à 40 F CFA le kilogramme, pas moins de 1.500.000 F CFA étaient attendus à l’hectare en deux campagnes (hivernage et contre-saison), d’où un manque à gagner important. Il faudra maintenant rembourser les crédits des semences et autres intrants aux fournisseurs. C’est une autre paire de manche que certains producteurs attendent avec anxiété.


Cliquer pour agrandir la photo Mouche blanche : 
suspect sérieux

Partout où nous sommes passés, Banzon, Kou, Leguema, Orodara, les paysans accusent de petits insectes volants qui se cachent sous les feuilles et se déplacent par colonies de plant à plant.

De façon générale, tous les producteurs pensent à la mouche blanche, cet insecte qui a fait des ravages dans la zone cotonnière, s’attaquent désormais à d’autres spéculations agricoles et c’est la tomate qui en fait les frais cette fois.

De l’avis d’un spécialiste, la mouche blanche, dans les conditions actuelles de lutte est difficile à éradiquer. La bataille chimique préconisée et menée par les techniciens aboutit à des résultats éphémères et, dans la plupart des cas, elle n’anéantit pas le ravageur. Il faudrait de nouvelles approches contre la mouche blanche. Notre spécialiste qui a voulu garder l’anonymat préconise plutôt une bataille biologique. Car le risque est grand de voir la mouche développer des résistances et s’attaquer à toutes les cultures.

L’attaque est pour le moment limitée dans la zone cotonnière, le grenier agricole du Burkina. Il est donc urgent de réagir avant une généralisation du fléau, d’autant que des attaques localisées ont été observées à Niangoloko sur des manguiers et qu’à Léguema, jadis pourvoyeur de la ville de Bobo en tomate, on ne fait plus de tomate de contre saison depuis quelques années, à cause du même phénomène.

Un danger menace donc l’agriculture burkinabé. Celui de voir généraliser la mouche blanche dans toutes les régions. Les autorités compétentes devraient prendre conscience du risque, car à terme, ce sont des cultures entières qui risquent de disparaître.

Qui peut dire qu'après nos jardins, la mouche blanche ne vas pas s'attaquer à nos champs de coton ?

Qui peut nous dire ce que nous devons faire pour protéger nos champs de coton ?


Les produits n'ont pas été efficaces

Nous avons donné la parole à quelques producteurs. Voici leurs appréciations.

 

Vous avez produit de la tomate cette année ?

Traoré Hamado Producteur de riz et de tomate : J’ai produit de la tomate cette année, mais ce n’est pas du tout facile. Nous avons commencé en dehors de la plaine avec les moto-pompes. Ce fut un échec. C’est ainsi que nous sommes revenus dans la plaine, espérant que la maladie allait cette fois épargner la tomate. Malheureusement, ce fut le même scénario. Les feuilles se plient et malgré tous les traitements, rien n’a pu être sauvé. Des fois, on avait l’impression que le traitement compliquait la situation, les feuilles devenaient pâles et rabougries.

 

Quelle est l’origine de la maladie selon vous ?

On nous a dit que c’est la mouche blanche et nous avons utilisé les produits que nous avons reçu mais ça n’a pas été efficace.

 

Qui vous a dit que c’est la mouche blanche ?

Quand on secoue le plant de tomate, des insectes blancs volants s’échappent. C’est ce que nous avons appris çà et là après description. Dès qu’on pulvérise le produit, les mouches s’en vont mais reviennent juste après.

 

A qui avez-vous signalé la présence des insectes ?

Ceux qui nous ont livré les semences ont été informés et ont conclu que c’était la mouche blanche. C’est ainsi que nous avons reçu des pesticides en conséquence. Mais, cela n’a pas été efficace. Mon groupement a emblavé 15 ha et n’a presque rien récolté.

 

Comment vous êtes-vous procuré les semences et autres engrais ?

Cette année, nous avons reçu semences et intrants d’une société basée à Bobo.

 

Les avez-vous informés de vos difficultés ?

Oui, ils sont au courant. Quand nous avons envoyé les informer, il nous est revenu que le phénomène n’était pas localisé à Banzon seulement.

 

Toute la plaine n’a donc pas pu faire de récolte de tomate ?

A ma connaissance, seules deux producteurs ont pu avoir quelque chose de consistant. On sait seulement qu’ils n’ont pas utilisé les mêmes semences que nous.
Hamado Traoré


Banzon : des coopérateurs sinistrés

 

La Coopérative Agricole de Banzon compte 670 membres et est dirigée par Karim ZOROME. En contre saison, seules 270 ha sont emblavés. Une partie est consacrée à la culture de la tomate.

Le Président de la Coopérative fait le point de la saison.

La plaine de Banzon est connue surtout pour sa production de riz. Il semble que de grandes superficies ont été consacrées à la culture de tomates cette année ?

 

Karim Zoromé : Oui. En début de campagne, nous avons été approchés par une société, la SOPROFA. C’est ainsi que nous avons réduit les surfaces que nous consacrions aux autres productions pour faire de la tomate. Il faut préciser que nous n’avons pas réduit les surfaces consacrées au riz. C’est plutôt dans les zones réservées au maïs que nous avons produit de la tomate. En outre, depuis la fermeture de l’ancienne SAVANA, ici, nous ne faisions plus de tomate en grande quantité jusqu’à l’arrivée de la SOPROFA.

Pouvez-vous nous expliquer les problèmes que vous avez actuellement ?

Actuellement, la culture de tomate est en proie à des maladies et nous n’avons aucun moyen d’y faire face. C’est comme si on se dépensait pour rien.

Nous avons reçu des semences, de l’engrais pour produire et face à l’échec, il faudra trouver les moyens pour régler les crédits.

Quelles sont les solutions envisagées ?

Pour l’instant, on attend de faire le point après que tous les coopérateurs aient récolté. Ensuite on analysera pour savoir si ce sont les semences qui sont de mauvaise qualité ou si ce sont les traitements qui ne sont pas adaptés. C’est seulement après que nous verrons nos interlocuteurs pour discuter. De toutes les façons, ils sont informés du désastres sur nos 20 hectares. Tout dépend des conclusions de la rencontre que nous aurons avec eux.


"Il faut craindre la disparition
de la culture de la tomate"

Suite au reportage sur la situation de la culture de tomate à l'ouest du Burkina Faso, le responsable de la communication et de l'information de Fédération nationale des organisations paysannes du Burkina répond ici à quelques questions.

La culture de tomate est-elle en danger dans l’Ouest du pays ?

La culture de tomate est non seulement menacée à l’Ouest du pays, mais bientôt dans tout le reste du pays si rien n’est fait pour arrêter le fléau de la mouche blanche.

Cet insecte volant, outre l’attaque cotonnière, a trouvé refuge dans la culture maraîchère et fruitière (attaque des manguiers à Niangoloko dans la Comoé).

En tenant compte de la capacité de résistance de l’insecte et de sa propagation, il faut craindre un envahissement de toutes les zones maraîchères et fruitières du pays.

Sur le terrain, il semble que tous les traitements utilisés ont été vains ?

Le constat sur le terrain est désolant : des centaines d’hectares de tomate carbonisées sous l’attaque du fléau. Tous les efforts des paysans à sauver leurs productions sont sans effet. Mêmes les interventions des services techniques sont restées vaines en raison de l’inefficacité des produits SOPROFA ou de l’inadaptation du paquet technologique proposé par cette même société.

Quelles sont selon vous les conséquences de cette crise de la mouche blanche ?

Les conséquences sont énormes : l’investissement dans un hectare de tomate avec motopompe, semence, engrais, pesticide et main-d’œuvre pour une campagne coûte au bas mot 300.000 à 350.000 F/ha en intégrant les frais de commercialisation etc.…

La production attendue est de 25 à 30 tonnes/ha pour un chiffre d’affaire de 1.200.000 F CFA dans le cadre du contrat de production avec SOPROFA.

Il s’en suit un lourd endettement vis-à-vis de la nouvelle société SOPROFA, un manque à gagner très important, une faillite certaine et la peur d’entreprendre à l’avenir.

Il faut craindre même la disparition de la culture de tomate dans notre pays si rien n’est fait pour endiguer le fléau. Tout cela, parce que la politique de promotion des filières axées sur le marché n’a pas tenu compte des risques agricoles.

Les producteurs qui ont suivi ce mot d’ordre sont aujourd’hui ruinés et abandonnés à leur sort (en tous cas, pour l’instant).

Que peuvent faire les organisations de producteurs dans la recherche de solutions ?

Les organisations comme la FENOP et d’autres faîtières ont un devoir d’assistance et d’information. C’est ce que nous faisons actuellement. Elles doivent être vigilantes dans l’élaboration des contrats avec les sociétés d’exportation ou de transformation.

Mais très souvent, les paysans attirés par de bonnes perspectives financières s’engagent sans prendre un minimum de précaution. C’est un travail de formation et d’éveil que les organisations paysannes doivent mener auprès de leurs membres. Mais, c’est un travail de longue haleine.

Mais au-delà de tout cela, c’est l’orientation agricole actuelle qui prône la spécialisation et une production tournée vers le marché qui est remise en cause.

Cette attaque parasitaire sur la tomate est un échantillon des problèmes liés à l’orientation politique agricole de tout « marché ».

Dans une politique de promotion de filières agricoles pour le «marché», tous les aspects, y compris les risques agricoles, doivent être pris en compte. On le constate dans l’attaque cotonnière 96 et dans celle de la tomate 2002. On n'en a pas tiré les bonnes leçons. Ça frise la reculade.

Avez-vous un appel en direction des partenaires du monde rural ?

Nous lançons un appel de détresse en direction des autorités politiques et des responsables de la SOPROFA à examiner cette question d’attaque parasitaire dans le sens de soulager le fardeau de la dette et à prendre en charge la lutte phytosanitaire de la maraîchéculture.

L’Etat doit jouer son rôle régalien dans ce genre de situation, si on veut promouvoir une agriculture moderne tournée vers le marché et vraiment bénéfique pour les producteurs.

 

Paul OUEDRAOGO,
Responsable à l’information
et à la communication de la FENOP


 

Au Maroc aussi, le fléau de la Mouche Blanche est bien connu :

La maladie des feuilles jaunes en cuillère de la tomate

Avec l’arrivée, il y a trois ans, en 1998, du virus de la tomate, le TYLCV (tomato yellow leaf curl virus), les producteurs de tomates au Maroc, des régions d’Agadir et d’El Jadida ont vu leurs récoltes considérablement réduites. En 1999, 2000, dans certaines localités, 50% des exploitants ont dû abandonner leurs cultures plein champ ou sous serre. Ce virus transmis par la mouche blanche "Bemisia tabaci" peut dévaster la totalité d’une culture. Face à ce fléau, l’état s’est engagé dans un stratégie de lutte raisonné et biologique pour maîtriser les nuisances de la mouche blanche.

"Le problème du virus va ruiner le pays" lâche Said Aboulama, ingénieur agronome à la Socaprag, une société casablancaise spécialisée dans le négoce de semences et la vente de produits phytosanitaires. Devant lui, s’étendent, plusieurs hectares de tomates cultivées en plein air, à moitié sinistrées par une nouvelle maladie déclarée récemment au Maroc. Abdullah Madihri, qui possède trois hectares de culture de tomates plein air dans la localité de Soualem, à cinquante kilomètres au sud de Casablanca, a tout essayé pour limiter les effets du virus, le tomato yellow leaf curl virus (TYLCV) ou virus des feuilles jaunes en cuillère, sans obtenir de résultats significatifs. Il y a encore quelques semaines, il traitait quotidiennement ses cultures de tomates. "Aujourd’hui, les traitements phytosanitaires abusifs et systématiques ont été, en partie, abandonnés." ajoute Said Aboulama, ingénieur. Depuis presque deux ans, les producteurs de tomates au Maroc ont vu leurs récoltes considérablement amoindries à cause de cette grave virose transmise exclusivement par l’aleurode Bemisia tabaci. Les symptômes du TYLCV apparaissent généralement deux semaines après sa transmission par la mouche blanche. L’infection bloque le développement des plants. Elle provoque un jaunissement plus ou moins prononcé des feuilles, une réduction de leur taille qui prennent la forme de cuillères. Quand l’infection est précoce, on remarque un raccourcissement des entre-nœuds ce qui entraîne un nanisme de la plante. "Les dégâts les plus graves se produisent au moment de l’apparition des premiers symptômes avant la fructification. Il est indispensable d’éliminer tous les plants" explique Said Aboulama...

4 pratiques culturales recommandées :

Le 22 mars 2002, dans la presse de Casablanca, on pouvait lire :
"Etant donné la gravité de cette maladie, il s'avère urgent de conjuguer les efforts de l'Etat et des élus et de réunir toutes les parties concernées
."

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